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  • Soizic Huet

Le lâcher prise

Mis à jour : mars 18


Je me rappelle encore, il y a quelques années où j’osais émettre cette suggestion à mon cher et tendre en proie à une situation qui générait chez lui une grande frustration. Il persistait, grommelait et se battait comme un diable dans un bénitier face aux aléas de la vie sans pouvoir réussir à infléchir la situation malgré tous ses efforts déployés. Alors face à cette situation désagréable à vivre, je proposais comme solution de lâcher prise. Ce fut un tollé accompagné d’une incompréhension de sa part : comment je pouvais penser qu’il abandonnerait, qu’il serait perdant bref qu’il serait vaincu. Je ne m’attendais pas à cette levée de bouclier et cela a permis de mettre en évidence que nous n’avions pas la même conception de ces 2 petits mots bien anodins. Pour lui, presque un gros mot, pour moi une forme de salut.

Cette constatation je pus de nouveau la faire avec mon amie Guénola à qui j’ai conseillé à de nombreuses reprises de lâcher prise, lui expliquant que quelquefois notre survie en dépendait. Bingo, j’ai vu dans son regard de l'incompréhension et même de l’agacement devant une idée aussi saugrenue de ma part. Cela m’était en évidence que mon mari n’était pas une exception à la règle : la plupart des personnes ne voyaient pas d’un bon œil cette notion de lâcher-prise. Cela était synonyme de renoncement, d’une certaine faiblesse, de remettre en cause l’essence même de notre interaction avec nos décisions, de ne plus être maitre à bord et subir plutôt qu’agir.

Je cogitais, je tergiversais sur la façon la plus appropriée pour démontrer qu’elle était ma définition sur ce fameux « lâcher-prise ». Eh bien, la réponse m’est venue alors que j’étais au bord de l’océan. Nous étions plusieurs en rang d’oignon, le bout des pieds jouant avec les vagues et le regard plongé au loin vers les îles des Glénan. Quand une des personnes présentes nous relata son expérience au cours d’une formation de sauvetage en mer.




Leçon de sauvetage en mer


En mer, le courant peut s’avérer puissant notamment au moment des changements des marées. Croyez-moi c’est encore plus puissant que les nouvelles piscines avec leur contre-courant qui vous épuisent en nageant sur place. Même un bon nageur peut se trouver en difficulté à vouloir rejoindre la terre ferme et se noyer d’épuisement. Soyons clairs, l’objectif est bien sûr de rejoindre la terre ferme afin de se retrouver en sécurité. À partir de ce moment-là, notre cerveau reptilien, celui qui gère nos fonctions de base pour notre survie en appuyant sur les mécanismes de lutte ou de fuite va prendre les commandes et nous enjoindre de tout mettre en œuvre pour atteindre le plus directement possible la terre ferme coûte que coûte . Pourtant la solution est autre, au lieu de lutter contre le courant, il suffit de s’aider de la force de ce courant et nager dans son sens. Bien sûr, vous n’arriverez pas sur votre plage préférée, mais assurément vous arriverez sur la terre ferme un peu plus loin, sain et sauf avec l’énergie nécessaire pour continuer votre chemin.



Analogie entre le lâcher-prise et la leçon de sauvetage


Tout de suite, j’ai vu la similarité entre cette leçon de sauvetage et ma conception du « lâcher-prise ». Face aux éléments déchainés de la vie, la plupart du temps, nous fonctionnons en mode lutte et fuite qui sont les principales caractéristiques de notre cerveau reptilien en oubliant de faire appel aux deux autres régions de notre cerveau : le limbique et le cortex. Ce qui implique que nous agissons avec peu de discernement et de lucidité tel un manchot qui a oublié l’utilité de ses ailes et donc ne sait plus voler.



Apprenons à faire fonctionner de concert nos 3 parties de cerveaux et non de façon séquentielle.


Il est important de mettre à contribution nos autres zones de cerveau afin d’être dans la complétude et avoir une réponse globale face à une situation qui nous échappe. Encore faut-il comprendre les compétences et les interactions entre chaque partie :

· Le cerveau reptilien, le plus archaïque, à l’origine de notre survie en activant les mécanismes de la lutte ou de la fuite face aux éléments potentiellement dangereux. En contrepartie, ces mécanismes sont énergivores et qui dit plus d’énergie utilisée, dit moins de ressources permettant de continuer à avancer bien ancré.

· Le cerveau limbique, siège de nos émotions, de notre mémoire ainsi que des premiers apprentissages. Notre système endocrinien (nos hormones) est sous la dépendance du cerveau limbique. Quand celui-ci est sollicité de manière abusive par le cerveau reptilien, cela peut engendrer une mauvaise gestion du stress avec des répercussions sur le système hormonal.

· Le cortex, celui qui maitrise les interactions avec autrui, l’analyse, la créativité, la conscience … Encore faut-il de la matière pour l’alimenter et actuellement, nous aurions une fâcheuse tendance à le chuinter notamment avec les nouvelles technologies.



Prendre du recul et agissons en conscience :



Face à une situation qui picote, accompagnée d’un sentiment de perdre l’emprise sur les événements et la sensation de subir cette inertie, il est important de prendre un temps de réflexion, de relativiser et de ne pas laisser la place uniquement à l’inquiétude donc la peur et de se transformer en ninja pour lutter. Ensuite, grâce à notre cerveau limbique : garant de notre mémoire, nos émotions et de nos premiers apprentissages, on peut remonter l’information à notre cortex qui trouvera les ressources adéquates en s’appuyant sur une expérience vécue similaire ou nouvelle, il fera preuve d’analyse et de créativité en tenant compte des différents paramètres permettant de gérer au mieux la situation sans épuiser ses réserves d’énergie et en préservant notre intégrité émotionnelle, physique et psychique. Forcément, l’une des clés pour parvenir à cette forme de lâcher-prise peut se faire que si l’on vit dans l’instant présent et non dans la projection d’un hypothétique futur.

Essayez cette façon d’envisager les interactions, les situations qui nous font sortir des gonds avec du recul, n’allez pas contre les éléments, au contraire, servez-vous-en pour en faire une force et pour ne pas nager à contre-courant. Prenez soin de vous.


Je me permets une petite digression en dédiant cet article :

· À ma moitié d’orange qui grandit avec une belle sagesse en conservant son grain de folie. La vie est si belle à ses côtés !

· À mes amies Aurélie et Guéno remplies de doute face aux affres de la vie, mais avec une si belle générosité.

À très vite !!